L’événement n’est pas banal : ce mercredi 27 avril, deux intellectuels catholiques de premier plan en Belgique francophone – le sénateur Francis Delpérée et le Vice-Recteur hre. UCL Xavier Renders – interpellent nos évêques sur leur gestion du scandale des abus sexuels (La Libre pp.52-53). Je ne souhaite pas ici commenter leur prise de position. Je souligne simplement qu’elle mérite qu’on s’y arrête, car il s’agit de deux personnalités qui, à plus d’une reprise, ont « mouillé leur maillot » pour témoigner de leur engagement chrétien. Je constate cependant que, si interpeller les évêques est un droit de tout catholique (canon 212 §3), les soutenir est également un devoir de baptisé. Et là, je pense qu’en Belgique, nous avons encore du chemin à faire. Sans doute parce qu’ils ne se reconnaissent pas dans une série de discours romains, il y a dans ce pays un côté « bébé boudeur » chez nombre d’intellectuels catholiques. Quand j’étais porte-parole des évêques, combien de fois n’ai-je pas perçu l’isolement de la hiérarchie catholique face à des enjeux de société… Ainsi, quand le professeur Adriaenssens s’abimait la santé à la tête de sa Commission et cherchait des collaborateurs, plus d’une porte s’est fermée : aider une commission ecclésiale, n’était-ce pas se compromettre ? Et quand cette même Commission a été perquisitionnée, ce qui la força à se saborder, peu de voix se sont inquiétées. Et quand ces perquisitions furent déclarées illégales, combien en ont tiré des conclusions ? Et quand le Président démissionnaire de cette Commission publia néanmoins son rapport, de nombreux catholiques se sont – à juste titre – joint à l’émoi général devant l’ampleur des abus, mais la seule voix médiatique qui a également souligné le courage des évêques, car ils avaient osé pareille « opération vérité » en mettant sur pied la Commission Adriaenssens, fut… protestante. Il est donc temps que les intellectuels catholiques se réveillent dans ce pays. Parfois pour secouer nos évêques, mais souvent aussi pour les encourager, les soutenir et les aider. Comme je le déclarais au Vif/l’Express de cette semaine (p.34), nous avons 15 ans de retard par rapport à la France de ce point de vue-là. Je ne prétends pas que la hiérarchie catholique ne porte pas sa part de responsabilité dans la situation actuelle. Je reconnais que le clergé en général (et je m’inclus dans le lot) – et la hiérarchie catholique en particulier – n’a pas toujours le réflexe de sortir du « petit cercle paroissial » pour faire appel à d’autres compétences catholiques, bien réelles pourtant, afin d’aborder plus professionnellement nombre de dossiers. Mais s’ils cèdent parfois à la tentation de la tour d’ivoire, c’est aussi parce que nos pasteurs ont perdu l’habitude de recevoir le soutien de la société civile catholique. Pendant mon mandat de plus de huit ans comme porte-parole, j’ai appris à connaître nos évêques avec leurs grands et petits côtés. Croyez-moi ou pas : leur pire tentation n’est pas la vanité, mais bien le découragement. Il en est d’ailleurs de même pour nombre de prêtres en paroisse. Comme Pilate, faut-il s’en laver les mains ? Non et je le répète : il est temps que se réveillent nombre d’intellectuels catholiques dans ce pays. Pas la petite minorité – déjà bien active – des militants. Non, je pense à la majorité habituellement silencieuse des catholiques en situation de responsabilités dans la société belge. Que leur voix s’élève davantage dans les médias. Et pas uniquement pour critiquer leurs évêques, mais aussi pour les encourager, les soutenir et les aider.
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La vie m’a fait voyager…Né en 1963 au nord du pays d’un père anversois et d’une mère d’origine liégeoise, j’ai terminé ma scolarité au Pays de Galles dans un United World College (collèges internationaux créés pour encourager la compréhension entre les peuples, voir www.uwc.be et www.uwc.org). Pensant à une carrière diplomatique, j’ai fait une licence en droit (Anvers, puis UCL) avec un complément en économie, mais c’est le Christ qui m’a appelé au service de Son Eglise. Ma formation comme prêtre s’est déroulée à Louvain-la-Neuve, Liège, Rome et Münster. (licence en philosophie, licence en théologie et licence en droit canonique). Ordonné prêtre au service du diocèse de Liège en 1991, j’ai été vicaire, puis curé de paroisse et j’ai travaillé à l’aumônerie universitaire de l’Université de Liège. Jusque fin juillet 2010, je fus porte-parole des évêques de Belgique et jusque juillet 2011, responsable du Séminaire de Louvain-la-Neuve. Aujourd’hui, je suis entré au chapitre de la cathédrale de Liège et exerce la fonction de doyen du centre-ville.
Eric de Beukelaer werd in 1963 geboren in Wilrijk als zoon van een Antwerpse vader en een Luikse moeder. Hij maakte zijn humaniora af in Wales, in een college van het United World College (www.uwc.be ). Met een mogelijke carrière in de diplomatie in het achterhoofd studeerde hij rechten, eerst in Antwerpen en daarna aan de UCL in Louvain-la-Neuve, en economie. Maar zijn roeping bleek uiteindelijk sterker. Na studies in Louvain-la-Neuve, Luik, Rome en Münster en het behalen van een licentie in filosofie, theologie en kerkelijk recht, werd hij tot priester voor het bisdom Luik gewijd in 1991. Eric werkte als medepastoor, pastoor en studentenpastor aan de Universiteit van Luik. Tot eind juli 2010 was hij woordvoerder van de bisschoppenconferentie en tot juli 2011, verantwoordelijk voor het St.-Paulusseminarie van Louvain-la-Neuve. Vandaag, is hij kanunnik geworden en deken van het centrum van Luik. -
Voici une très belle analyse M. l’Abbé ! J’ai aussi beaucoup apprécié ce que vous avez dit dans le Vif l’Express.
Merci pour ces beaux articles !
à quand un « parvis des gentils » à Bruxelles ?
Bravo et merci, cher Eric, une fois de plus ! Tu as bien raison: nous pouvons avoir des critiques à exprimer, mais il serait temps que nous commencions par soutenir nos évêques et nos prêtres dans leur vie quotidienne, celle que toi et eux avez choisi de consacrer à vos frères humains pour l’amour de Dieu…
Oui, sûrement, les intellectuels doivent-ils l’exprimer (mieux que le commun des mortels), mais c’est le devoir de tous les chrétiens. Prenons de la graine en France, bien d’accord avec toi, où nombre de baptisés sont « derrière leur(s) évêque(s) » et s’engagent résolument dans des combats difficiles.
Bien d’accord Eric ! Cessons un peu de casser du sucre sur le dos de nos évêques, ils sont déja assez fustigés par les médias de toute sorte. Mais les soutenir cela veut aussi dire que nous ne devons pas craindre de leur faire connaître notre avis, de leur faire remarquer qu’ils vivent parfois en dehors du monde et qu’ils devraient apprendre à mieux s’exprimer sur certains sujets délicats, bref s’entourer de bons conseillers en communication.
C’est cela être « à leur côté » ne veut pas dire baiser leur anneau ou les pans de leur chasuble. Et, si je puis me permettre, pourquoi ne pas leur suggérer à ce propos d’abandonner mitre et crosse pour des atours plus modestes, je crois que beaucoup de plus jeunes seraient moins enclins à confondre religion et pompe et à trouver le culte rébarbatif et « décalé » de leur réalité. Certains de nos évêques, il est vrai, font preuve de proximité avec ces jeunes lors de rencontres et autres, mais l’Eglise dans son ensemble enferme un peu ces derniers dans tout un cérémonial typiquement romain qui parle peu à nos contemporains. Aider nos évêque, c’est peut-être aussi les inviter à utiliser un language adapté à notre temps et, surtout, à nous parler d’amour, de joie et de libération plutôt que du préservatif ou autres préoccupations relevant de la sphère privée de chaque chrétien agissant en son âme et conscience. Bonsoir.
Le combat contre la mitre, la crosse et le cérémonial romain est d’arrière-garde. Les jeunes de ma génération (à 25 ans, je pense encore en faire partie) ne sont plus braqués sur ces clichés soixante-huitards. Nous parler vrai, sans « langue de buis », voilà ce qui nous touche et nous permet de réellement avancer vers notre vie d’adulte.
Encore bravo mon père,
vous avez parfaitement raison, les catholiques qui jouissent d’une stature particulière dans la société devraient se rappeler qu’être chrétien, c’est être ensemble. Nos pasteurs n’ont jamais eu autant besoin de soutien, en particulier Msg Léonard, qui n’a de cesse de tendre l’autre joue ces derniers temps.
Je vous remercie, père, pour cet article et ce message ; pour ma part, je vais redoubler de prières pour tout ceux qui ont la charge de l’Église du Christ.