Il y a cinquante ans, Churchill… – La Libre 23 janvier p.55

Ce vendredi 23 janvier, veille du 50° anniversaire de la mort du Grand Homme, est parue ma chronique du mois de décembre dans le quotidien La Libre en p.55.

Pour lire cette chronique, cliquez sur « Il y a cinquante ans, Churchill… ».

Merci à la rédaction de La Libre de m’offrir cet espace d’expression.

 

 

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Syriza – ‘Und jetzt?’

Victoire de ‘Syriza’ en Grèce… Avant celle de ‘Podemos’ en Espagne d’ici quelques mois ?

Und jetzt ?’ –  « Et maintenant ? » – doivent penser très fort nombre de décideurs européens.

Hypothèse optimiste : Après le récent audacieux mouvement de ‘quantitative easing’ (relance des liquidités) de la Banque Centrale Européenne, l’Europe entame une politique de grands investissements publics et de renégociation générale de la dette de ses membres (pour rappel : en 1953, les créanciers de l’Allemagne ont éliminé sa dette – afin de permettre sa relance). Prix à payer: une inflation à maitriser.

Hypothèse possible : Une politique de marchandage et de « ni… ni… » se met en place. Personne n’est satisfait. Tout le monde y perd. ‘Syriza’ ne peut tenir ses promesses électorales. ‘Aube dorée’ en profite. La valeur de l’euro d’Europe du nord se détache totalement de celle de l’euro d’Europe du sud. Les spéculateurs se réveillent. L’Union européenne ressemble davantage encore à un gros invertébré, qui encaisse les chocs sans trop de réactivité. Ceux qui ont intérêt à une Europe faible, sont vainqueurs.

Hypothèse pessimiste : La Grèce sort de l’euro, avant d’autres pays. L’Union n’est plus qu’une zone de libre-échange commercial, sans vraie politique commune. En ce début de XXIe siècle, elle ressemble aux villes grecques atomisées deux millénaires plus tôt, alors que l’empire romain s’affaiblissait face à d’autres puissances venues d’Orient. Bref – la Grèce, encore et toujours.

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Et le foot dans tout ça ?

Sans être un connaisseur de foot, je suis – comme tout Liégeois – les performances du « Standard » avec un enthousiasme, mâtiné d’une dose de mauvaise foi.

Ce jour, le grand club a montré le meilleur et le pire.

Le meilleur fut Laurent Ciman, qui joua son dernier match chez les « rouches » (et marqua) avant de rejoindre un club de Montréal, pour pouvoir s’occuper de sa fille autiste.

Le pire fut ce « tifo » montrant un Steven Defour décapité, car coupable d’être passé à Anderlecht. Bête et haineux, autant qu’ingrat – quand on pense à tout ce que l’ancien capitaine apporta au Standard. Il y a des jours où une victoire – même contre le rival Anderlecht – a un goût bien amer.

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« Jésus embauche » – 3e dimanche de l’Année, Année B

«Aussitôt, laissant là leurs filets, ils le suivirent.» (Marc 1, 14-20)

Dimanche dernier, nous recevions comme Evangile le récit de l’appel des premiers disciples d’après Saint Jean. C’est sans doute la version la plus historique : Ils étaient disciple du Baptiste et puis ont suivi Jésus. Ce dimanche, nous entendons la version de Saint Marc (assez proche de celle de Matthieu et de Luc). Les disciples sont en train de pêcher – c’est leur métier – et « paf ! » Jésus passe par là et les recrute pour devenir des « pêcheurs d’hommes ». Du coup, ils plantent là leur père et leurs filets et ils le suivent.

Cet épisode correspond sans doute davantage à une expérience spirituelle. En découvrant Jésus, les disciples ont saisi que plus rien ne serait comme avant. « Hareng-boulot-dodo », c’était bien. Mais l’Evangile, c’est la vie. Du coup, leur existence bascule. Il y a un avant Jésus et un après.

Les baptisés d’aujourd’hui ne sont pas tous appelés à lâcher leur profession – les vocations à se consacrer entièrement à l’Evangile restent l’exception – mais une fois que l’on a croisé le regard du Christ, plus rien ne doit être comme avant. A sa manière, chaque baptisé est appelé à être un « pêcheur d’homme ». Sur les sentiers de l’Evangile, il n’y a pas de chômage, de pause-carrière ou de pension. Avec Jésus, c’est le plein-emploi au service du Royaume de l’Amour.

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Juifs et Musulmans européens face à l’amalgame…

Les Juifs européens ont peur de servir de bouc-émissaire. Les Musulmans européens ont peur d’être stigmatisés. Amalgames encore et toujours…

Les uns comme les autres ne peuvent passer leurs journées à s’excuser – qui de l’ultra-sionisme des gouvernants israéliens, qui de l’islamisme. Pourtant – dans la lignée du « post » précédant, je pense qu’il est parfois sain de clamer #NotInMyName. Cela vaut aussi pour les Chrétiens, les Laïques, et les autres.

Pour alimenter la réflexion, voici deux textes qui donnent à penser : 1. « Nommer les choses » du président du Centre d’Action Laïque en Belgique francophone, Henri Bartholomeeusen et 2. « Lettre ouverte au monde musulman » du philosophe français Abdennour Bidar. Cette dernière fut publiée bien avant l’affaire « Charlie Hebdo ».

  1.   Nommer les choses

Henri Bartholomeeusen, président du CAL

Dans l’océan d’indignation qui a inondé les médias depuis mercredi dernier et plus singulièrement depuis vendredi, l’essentiel du flot a mis en lumière l’inexcusable atteinte à la liberté d’expression.

C’est évidemment le cœur du message que nous inspire l’attentat commis contre Charlie Hebdo. Toutefois, un aspect qui caractérise les événements tragiques de Paris a été largement sous-médiatisé : celui de l’antisémitisme.

Qui sont les victimes ? Qui a payé de sa vie cette folie meurtrière ? D’abord, les caricaturistes de Charlie Hebdo. Morts pour avoir blasphémé. Ensuite, les policiers, garants de l’Etat de droit, morts dans l’exercice de leur fonction. Enfin, des Juifs. Morts parce que juifs.

Il est temps d’y revenir. Car le mot « antisémitisme » a été peu entendu depuis ces journées noires. Même à la télévision française, les journalistes parlaient pudiquement de « la prise d’otages de Vincennes » alors que les quatre victimes juives avaient été froidement abattues dès le début de l’action terroriste, bien avant que Coulibaly ne prenne des otages pour tenter d’échapper à son sort.

Et pourtant, depuis l’attentat de mai dernier au Musée Juif de Belgique, qui fit également quatre morts, nul ne peut ignorer que les Juifs sont la cible des djihadistes fanatisés par des prêches invitant à les massacrer sans autre forme de procès. L’amalgame entre « Israël », « sionisme » et « juif » fleurit en tous sens. Il est entretenu par les agitateurs qui instrumentalisent le conflit au Moyen-Orient pour dresser les communautés les unes contre les autres et désigner un bouc émissaire. Est-ce si difficile à dire ? L’antisémitisme n’est pas un sujet qui plaît : il remue trop de souvenirs, de non-dits, de culpabilité refoulée. Pourquoi cette difficulté à reconnaître le retour d’un antisémitisme brutal et larvé ? On n’hésite plus à tuer et le déni cautionne cette recrudescence. Après la Seconde Guerre mondiale, à côté du « plus jamais ça », on entendit beaucoup de « on ne savait pas ».  Aujourd’hui, cette expression ne peut plus servir. Nous, nous ne pouvons plus dire « nous ne savions pas ». Nous savons. Regarder ailleurs, ne pas nommer les choses, serait doublement inacceptable voire coupable.

Prenons le parti de l’écrire : les terroristes ont tué des journalistes pour éradiquer le blasphème ; des gardiens de la paix pour ébranler l’Etat de droit, laïque et démocratique ; des  citoyens ordinaires parce qu’ils sont Juifs.

 2.   Lettre ouverte au monde musulman

Abdennour Bidar, philosophe, auteur de Self islam, histoire d’un islam personnel (Seuil, 2006), L’Islam sans soumission : pour un existentialisme musulman (Albin Michel, 2008), et d’ Histoire de l’humanisme en Occident (Armand Colin, 2014). Tribune parue dans Marianne daté du 3 octobre

Cher monde musulman, je suis un de tes fils éloignés qui te regarde du dehors et de loin – de ce pays de France où tant de tes enfants vivent aujourd’hui.

Je te regarde avec mes yeux sévères de philosophe nourri depuis son enfance par le taçawwuf (soufisme) et par la pensée occidentale.

Je te regarde donc à partir de ma position de barzakh, d’isthme entre les deux mers de l’Orient et de l’Occident !
Et qu’est-ce que je vois ? Qu’est-ce que je vois mieux que d’autres, sans doute parce que justement je te regarde de loin, avec le recul de la distance ?

Je te vois, toi, dans un état de misère et de souffrance qui me rend infiniment triste, mais qui rend encore plus sévère mon jugement de philosophe !

Car je te vois en train d’enfanter un monstre qui prétend se nommer Etat islamique et auquel certains préfèrent donner un nom de démon : Daesh.

Mais le pire est que je te vois te perdre – perdre ton temps et ton honneur – dans le refus de reconnaître que ce monstre est né de toi, de tes errances, de tes contradictions, de ton écartèlement entre passé et présent, de ton incapacité trop durable à trouver ta place dans la civilisation humaine.
Que dis-tu en effet face à ce monstre ? Tu cries : « Ce n’est pas moi ! »« Ce n’est pas l’islam ! »

Tu refuses que les crimes de ce monstre soient commis en ton nom (#NotInMyName).

Tu t’insurges que le monstre usurpe ton identité, et bien sûr tu as raison de le faire.

Il est indispensable qu’à la face du monde tu proclames ainsi, haut et fort, que l’islam dénonce la barbarie.

Mais c’est tout à fait insuffisant !

Car tu te réfugies dans le réflexe de l’autodéfense sans assumer aussi et surtout la responsabilité de l’autocritique. Tu te contentes de t’indigner alors que ce moment aurait été une occasion historique de te remettre en question !

Et tu accuses au lieu de prendre ta propre responsabilité : « Arrêtez, vous, les Occidentaux, et vous, tous les ennemis de l’islam, de nous associer à ce monstre ! Le terrorisme, ce n’est pas l’islam, le vrai islam, le bon islam qui ne veut pas dire la guerre mais la paix ! »

J’entends ce cri de révolte qui monte en toi, ô mon cher monde musulman, et je le comprends.

Oui, tu as raison, comme chacune des autres grandes inspirations sacrées du monde, l’islam a créé tout au long de son histoire de la beauté, de la justice, du sens, du bien, et il a puissamment éclairé l’être humain sur le chemin du mystère de l’existence…

Je me bats ici, en Occident, dans chacun de mes livres, pour que cette sagesse de l’islam et de toutes les religions ne soit pas oubliée ni méprisée !

Mais de ma position lointaine je vois aussi autre chose que tu ne sais pas voir…

Et cela m’inspire une question – « la » grande question : pourquoi ce monstre t’a-t-il volé ton visage ? Pourquoi ce monstre ignoble a-t-il choisi ton visage et pas un autre ?

C’est qu’en réalité derrière ce monstre se cache un immense problème, que tu ne sembles pas prêt à regarder en face.

Il faudra bien pourtant que tu finisses par en avoir le courage.
Ce problème est celui des racines du mal.

D’où viennent les crimes de ce soi-disant « Etat islamique » ?

Je vais te le dire, mon ami.

Et cela ne va pas te faire plaisir, mais c’est mon devoir de philosophe.

Les racines de ce mal qui te vole aujourd’hui ton visage sont en toi-même, le monstre est sorti de ton propre ventre – et il en surgira autant d’autres monstres pires encore que celui-ci que tu tarderas à admettre ta maladie, pour attaquer enfin cette racine du mal !
Même les intellectuels occidentaux ont de la difficulté à le voir : pour la plupart, ils ont tellement oublié ce qu’est la puissance de la religion – en bien et en mal, sur la vie et sur la mort – qu’ils me disent : « Non, le problème du monde musulman n’est pas l’islam, pas la religion, mais la politique, l’histoire, l’économie, etc. »

Ils ne se souviennent plus du tout que la religion peut être le cœur de réacteur d’une civilisation humaine !

Et que l’avenir de l’humanité passera demain non pas seulement par la résolution de la crise financière, mais de façon bien plus essentielle par la résolution de la crise spirituelle sans précédent que traverse notre humanité tout entière !

Saurons-nous tous nous rassembler, à l’échelle de la planète, pour affronter ce défi fondamental ?

La nature spirituelle de l’homme a horreur du vide, et si elle ne trouve rien de nouveau pour le remplir elle le fera demain avec des religions toujours plus inadaptées au présent – et qui comme l’islam actuellement se mettront alors à produire des monstres.
Je vois en toi, ô monde musulman, des forces immenses prêtes à se lever pour contribuer à cet effort mondial de trouver une vie spirituelle pour le XXIe siècle !

Malgré la gravité de ta maladie, il y a en toi une multitude extraordinaire de femmes et d’hommes qui sont prêts à réformer l’islam, à réinventer son génie au-delà de ses formes historiques et à participer ainsi au renouvellement complet du rapport que l’humanité entretenait jusque-là avec ses dieux !

C’est à tous ceux-là, musulmans et non-musulmans, qui rêvent ensemble de révolution spirituelle, que je me suis adressé dans mes ouvrages !

Pour leur donner, avec mes mots de philosophe, confiance en ce qu’entrevoit leur espérance !

Mais ces musulmanes et ces musulmans qui regardent vers l’avenir ne sont pas encore assez nombreux, ni leur parole, assez puissante.

Tous ceux-là, dont je salue la lucidité et le courage, ont parfaitement vu que c’est l’état général de maladie profonde du monde musulman qui explique la naissance des monstres terroristes aux noms d’Al-Qaïda, Jabhat Al-Nosra, Aqmi ou « Etat islamique».

Ils ont bien compris que ce ne sont là que les symptômes les plus visibles sur un immense corps malade, dont les maladies chroniques sont les suivantes :

- impuissance à instituer des démocraties durables dans lesquelles est reconnue comme droit moral et politique la liberté de conscience vis-à-vis des dogmes de la religion ;

- difficultés chroniques à améliorer la condition des femmes dans le sens de l’égalité, de la responsabilité et de la liberté ;

- impuissance à séparer suffisamment le pouvoir politique de son contrôle par l’autorité de la religion ;

- incapacité à instituer un respect, une tolérance et une véritable reconnaissance du pluralisme religieux et des minorités religieuses.
Tout cela serait-il donc la faute de l’Occident ?

Combien de temps précieux vas-tu perdre encore, ô cher monde musulman, avec cette accusation stupide à laquelle toi-même tu ne crois plus, et derrière laquelle tu te caches pour continuer à te mentir à toi-même ?
Depuis le XVIIIe siècle en particulier, il est temps de te l’avouer, tu as été incapable de répondre au défi de l’Occident.

Soit tu t’es réfugié de façon infantile et mortifère dans le passé, avec la régression obscurantiste du wahhabisme qui continue de faire des ravages presque partout à l’intérieur de tes frontières – un wahhabisme que tu répands à partir de tes Lieux saints de l’Arabie saoudite comme un cancer qui partirait de ton cœur lui-même !

Soit tu as suivi le pire de cet Occident, en produisant comme lui des nationalismes et un modernisme qui est une caricature de modernité – je veux parler notamment de ce développement technologique sans cohérence avec leur archaïsme religieux qui fait de tes « élites » richissimes du Golfe seulement des victimes consentantes de la maladie mondiale qu’est le culte du dieu Argent.

Qu’as-tu d’admirable aujourd’hui, mon ami ? Qu’est-ce qui en toi reste digne de susciter le respect des autres peuples et civilisations de la Terre ?

Où sont tes sages, et as-tu encore une sagesse à proposer au monde ? Où sont tes grands hommes ?

Qui sont tes Mandela, qui sont tes Gandhi, qui sont tes Aung San Suu Kyi ?

Où sont tes grands penseurs dont les livres devraient être lus dans le monde entier comme au temps où les mathématiciens et les philosophes arabes ou persans faisaient référence de l’Inde à l’Espagne ?

En réalité, tu es devenu si faible derrière la certitude que tu affiches toujours au sujet de toi-même…

Tu ne sais plus du tout qui tu es, ni où tu veux aller, et cela te rend aussi malheureux qu’agressif…

Tu t’obstines à ne pas écouter ceux qui t’appellent à changer en te libérant enfin de la domination que tu as offerte à la religion sur la vie tout entière.
Tu as choisi de considérer que Mohammed était prophète et roi.

Tu as choisi de définir l’islam comme religion politique, sociale, morale, devant régner comme un tyran aussi bien sur l’Etat que sur la vie civile, aussi bien dans la rue et dans la maison qu’à l’intérieur même de chaque conscience.

Tu as choisi de croire et d’imposer que l’islam veut dire soumission alors que le Coran lui-même proclame qu’« il n’y a pas de contrainte en religion » (La ikraha fi Dîn).

Tu as fait de son appel à la liberté l’empire de la contrainte !

Comment une civilisation peut-elle trahir à ce point son propre texte sacré ?

Je dis qu’il est l’heure, dans la civilisation de l’islam, d’instituer cette liberté spirituelle – la plus sublime et difficile de toutes – à la place de toutes les lois inventées par des générations de théologiens !
De nombreuses voix que tu ne veux pas entendre s’élèvent aujourd’hui dans la Oumma pour dénoncer ce tabou d’une religion autoritaire et indiscutable…

Au point que trop de croyants ont tellement intériorisé une culture de la soumission à la tradition et aux « maîtres de religion » (imams, muftis, chouyoukhs, etc.) qu’ils ne comprennent même pas qu’on leur parle de liberté spirituelle, ni qu’on leur parle de choix personnel vis-à-vis des « piliers » de l’islam.

Tout cela constitue pour eux une « ligne rouge » si sacrée qu’ils n’osent pas donner à leur propre conscience le droit de la remettre en question !

Et il y a tant de familles où cette confusion entre spiritualité et servitude est incrustée dans les esprits dès le plus jeune âge et où l’éducation spirituelle est d’une telle pauvreté que tout ce qui concerne la religion reste quelque chose qui ne se discute pas !
Or, cela, de toute évidence, n’est pas imposé par le terrorisme de quelques troupes de fous fanatiques embarqués par l’« Etat islamique ».

Non, ce problème-là est infiniment plus profond ! Mais qui veut l’entendre ?

Silence là-dessus dans le monde musulman, et dans les médias occidentaux on n’écoute plus que tous ces spécialistes du terrorisme qui aggravent jour après jour la myopie générale !

Il ne faut donc pas que tu t’illusionnes, ô mon ami, en faisant croire que, quand on en aura fini avec le terrorisme islamiste, l’islam aura réglé ses problèmes !

Car tout ce que je viens d’évoquer – une religion tyrannique, dogmatique, littéraliste, formaliste, machiste, conservatrice, régressive – est trop souvent l’islam ordinaire, l’islam quotidien, qui souffre et fait souffrir trop de consciences, l’islam du passé dépassé, l’islam déformé par tous ceux qui l’instrumentalisent politiquement, l’islam qui finit encore et toujours par étouffer les Printemps arabes et la voix de toutes ses jeunesses qui demandent autre chose.

Quand donc vas-tu faire enfin cette révolution qui dans les sociétés et les consciences fera rimer définitivement spiritualité et liberté ?

Bien sûr, dans ton immense territoire il y a des îlots de liberté spirituelle : des familles qui transmettent un islam de tolérance, de choix personnel, d’approfondissement spirituel ; des lieux où l’islam donne encore le meilleur de lui-même, une culture du partage, de l’honneur, de la recherche du savoir, et une spiritualité en quête de ce lieu sacré où l’être humain et la réalité ultime qu’on appelle Allâh se rencontrent.

Il y a en terre d’Islam, et partout dans les communautés musulmanes du monde, des consciences fortes et libres.

Mais elles restent condamnées à vivre leur liberté sans reconnaissance d’un véritable droit, à leurs risques et périls face au contrôle communautaire ou même parfois face à la police religieuse.

Jamais pour l’instant le droit de dire « Je choisis mon islam »« J’ai mon propre rapport à l’islam » n’a été reconnu par l’« islam officiel » des dignitaires.

Ceux-là, au contraire, s’acharnent à imposer que « la doctrine de l’islam est unique » et que « l’obéissance aux piliers de l’islam est la seule voie droite » (sirâtou-l-moustaqîm).
Ce refus du droit à la liberté vis-à-vis de la religion est l’une de ces racines du mal dont tu souffres, ô mon cher monde musulman, l’un de ces ventres obscurs où grandissent les monstres que tu fais bondir depuis quelques années au visage effrayé du monde entier.

Car cette religion de fer impose à tes sociétés tout entières une violence insoutenable. Elle enferme toujours trop de tes filles et tous tes fils dans la cage d’un bien et d’un mal, d’un licite (halâl) et d’un illicite (harâm) que personne ne choisit mais que tout le monde subit.

Elle emprisonne les volontés, elle conditionne les esprits, elle empêche ou entrave tout choix de vie personnel.

Dans trop de tes contrées, tu associes encore la religion et la violence – contre les femmes, les « mauvais croyants », les minorités chrétiennes ou autres, les penseurs et les esprits libres, les rebelles – de sorte que cette religion et cette violence finissent par se confondre, chez les plus déséquilibrés et les plus fragiles de tes fils, dans la monstruosité du djihad !

Alors ne fais plus semblant de t’étonner, je t’en prie, que des démons tels que le soi-disant Etat islamique t’aient pris ton visage !

Les monstres et les démons ne volent que les visages qui sont déjà déformés par trop de grimaces !

Et si tu veux savoir comment ne plus enfanter de tels monstres, je vais te le dire.

C’est simple et très difficile à la fois.

Il faut que tu commences par réformer toute l’éducation que tu donnes à tes enfants, dans chacune de tes écoles, chacun de tes lieux de savoir et de pouvoir.

Que tu les réformes pour les diriger selon des principes universels (même si tu n’es pas le seul à les transgresser ou à persister dans leur ignorance) : la liberté de conscience, la démocratie, la tolérance et le droit de cité pour toute la diversité des visions du monde et des croyances, l’égalité des sexes et l’émancipation des femmes de toute tutelle masculine, la réflexion et la culture critique du religieux dans les universités, la littérature, les médias.

Tu ne peux plus reculer, tu ne peux plus faire moins que tout cela !

C’est le seul moyen pour toi de ne plus enfanter de tels monstres, et si tu ne le fais pas, tu seras bientôt dévasté par leur puissance de destruction.

Cher monde musulman…

Je ne suis qu’un philosophe, et comme d’habitude certains diront que le philosophe est un hérétique.

Je ne cherche pourtant qu’à faire resplendir à nouveau la lumière – c’est le nom que tu m’as donné qui me le commande, Abdennour, « Serviteur de la Lumière ».

Je n’aurais pas été si sévère dans cette lettre si je ne croyais pas en toi.

Comme on dit en français, « qui aime bien châtie bien ».

Et, au contraire, tous ceux qui aujourd’hui ne sont pas assez sévères avec toi – qui veulent faire de toi une victime -, tous ceux-là en réalité ne te rendent pas service !

Je crois en toi, je crois en ta contribution à faire demain de notre planète un univers à la fois plus humain et plus spirituel !

Salâm, que la paix soit sur toi.

 

 

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#NotInMyName – M…Belgique p.10

Ci-dessous, voici ma chronique, parue cette semaine en p.10 de M… Belgique. (Chronique rédigée avant le drame Charlie Hebdo.) Merci à la rédaction de me donner cet espace d’expression:

«Pas en mon nom». Par ces mots, des musulmans britanniques mobilisèrent leurs coreligionnaires contre DAESH. Une campagne lancée sur les réseaux sociaux suite à l’assassinat de l’humanitaire anglais David Haines. Depuis, des centaines de milliers de tweets avec le mot-clé #NotInMyName ont été publiés. Pareille initiative ne fait pas l’unanimité. “Pourquoi m’assigne-­t-­on à condamner ces actes?” s’interroge suite au massacre chez Charlie Hebdo, Fateh Kimouche, fondateur du site musulman Al­Kanz :  “Premièrement, de très nombreuses mosquées condam­nent toute l’année durant le terrorisme, mais personne ne semble vouloir les entendre. Deuxièmement, j’aimerais rappeler que je n’ai rien fait moi. J’ai l’impression qu’une telle demande signifie que l’on me soupçonne d’être content. Elle témoigne aussi d’un regard de suspicion que l’on porte sur nous au quo­tidien. C’est pénible.” (La Libre, 9 janvier p.8)

Bien sûr que c’est pénible. Comparaison n’est pas raison, mais nombre de mes collègues prêtres et moi-même avons eu à supporter un regard de suspicion suite aux scandales de pédophilie. Encore très récemment sur la page Facebook d’un journaliste, un petit comique écrivit : « De Beukelaer et ses biscuits… fourrés! Ils devraient aussi penser à un centre International de désintoxication pédophilie ». Dois-je crier à la diffamation ? Non, par respect pour les victimes de la pédophilie, qui souffrent tellement plus. Et parce que la tentation de l’amalgame fait partie de la nature humaine. Je préfère donc rétorquer #NotInMyName. Amis musulmans, faites de même – pour l’amour de Dieu.

 

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« Page Facebook de Jésus » – 2e dimanche de l’Année, Année B

« Que cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Rabbi, où demeures-tu ? » Il leur dit : « Venez et vous verrez. » (Jean 1, 35-42)

Le temps de la Nativité se termine et – jusqu’au début du carême – nous commençons le cycle des dimanches, dits « ordinaires ». Les prêtres et diacres portent des vêtements liturgiques verts – couleur de l’espérance. Ce n’est donc pas par hasard que l’Evangile de ce dimanche parle de l’appel des premiers disciples, car en ce début d’année 2015 – Il appelle chacun de nous.

Que faire pour ressentir l’appel du Christ ? Le chercher – comme les deux premiers disciples. Mais chercher ne suffit pas. Lorsque nous ressentons Sa présence spirituelle, il s’agit de prendre du temps pour mieux le connaître. C’est ce que permet la prière, la lecture de la Bible, ou encore la pratique dominicale de l’Eucharistie.

Quand des jeunes (ou des moins jeunes) se cherchent sur « Facebook », ce n’est pas avant tout pour connaître l’adresse internet de l’autre, mais bien pour mieux découvrir qui est cet autre. Cependant, rien ne remplace une rencontre. C’est ce qui arrive avec les premiers disciples. Jésus leur demande : « Que cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Rabbi, où demeures-tu ? » Ce faisant, ils ne demandent pas son adresse, mais cherchent à découvrir qui Il est. Alors, Jésus leur dit : « Venez et vous verrez. » (Jean 1, 35-42)

 

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Assaut de Verviers – Un citoyen…

Frédéric Hausman est un compatriote, qui – par hasard – a pu filmer l’assaut des forces de police à Verviers. Comme il l’explique sur sa page Facebook, il mit ce petit film en ligne, avec le commentaire suivant : « Les tv et radios de beaucoup de pays et d’agences me demandent si ils peuvent utiliser ma (minable) vidéo. Je réponds ceci: A tout le monde ! Cette vidéo est totalement libre de droit. Faites de l’argent, si vous voulez, les gars ! Mais, s’il vous plait, dites ceci au monde : Nous ne voulons pas de guerre civile. Dites-le, c‘est ma condition. Merci. »

Chapeau bas. Pas mort, l’esprit citoyen.

 

 

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Respecter les sensibilités religieuses : pas au nom de la peur (Le Soir p.22)

Chroniqueur régulier au quotidien « La Libre »,  j’ai néanmoins choisi les colonnes du concurrent « Le Soir » pour publier cette carte blanche, car je m’adresse ici avant tout à un public de laïques philosophiques – plus nombreux à lire ce journal – pour leur expliquer un point de vue chrétien (certainement pas le seul) sur la satire et les religions. Cet article est paru ce jour en p.22 du quotidien.  

Parmi les églises du centre de Liège dont je suis curé, il y a la splendide collégiale Saint-Jacques. Ses stalles gothiques du quatorzième siècle sont représentatives de l’art décoratif du Moyen Âge, avec des miséricordes et des parcloses aux représentations satiriques. Ma préférée est celle d’un petit singe portant la mitre. Preuve que les aïeux de Charb et Cabu travaillaient au cœur même des édifices religieux. Les choses ont-elles changé ? Ce vendredi matin, je me retrouve à la sacristie de la cathédrale de Liège avant l’office du matin. L’actualité parisienne plombe l’ambiance. Pour dérider l’atmosphère, je raconte la blague qu’Alex Vizorek lança quelques minutes plus tôt sur les ondes de la radio RTBF Première. Evoquant la visite d’Angela Jolie au Vatican, ce diablotin ponctua : « Au lendemain de l’attentat, le pape reçoit une bombe. » Franc éclat de rire de la part de mes confrères chanoines à la moyenne d’âge plus que canonique. Pas mort, le sens de l’humour de ces vénérables ecclésiastiques.

Est-on pour autant obligé de rire de tout ? Non, bien sûr. Pierre Kroll – avec qui j’échange régulièrement et dont j’apprécie l’humour – sait que j’ai du mal à rire de ses caricatures du Christ en croix. Sans doute que cela remue en moi une fibre trop sensible. Y pense-t-il en taillant ses crayons ? Je ne sais. Mais jamais je n’inviterai à le censurer. Alors que dire de la une de Charlie Hebdo , en plein débat sur le mariage homosexuel, avec un dessin des trois Personnes de la Trinité en train de se sodomiser l’une l’autre ? Cela ne me fait pas rire, mais dois-je pour autant me mettre en colère – voire devenir violent ? Négatif. D’abord parce que je suis démocrate et que la liberté d’expression est un des socles de notre Etat de droit. Ensuite parce que je suis croyant et que je ne puis concevoir que Dieu soit affaibli ou offensé par pareille grivoiserie potache. Les assassins de Charb, Cabu et leurs frères de plumes croyaient avoir vengé le prophète de l’islam. En réalité, ils avaient une image bien falote du Très-Haut. Ahmed Merabet, le policier abattu à bout portant devant le journal satirique, a quant à lui rendu un véritable hommage de croyant musulman. Alors oui, la satire de Charlie Hebdo est corrosive et, à l’époque des caricatures du prophète, j’étais de ceux qui invitaient au respect des sensibilités religieuses. Mais pas au nom de la peur. S’il est parfois utile et civique de mettre un frein à sa langue pour ménager son voisin, il est grave de se forcer à le faire par peur de représailles. Charlie Hebdo, c’est l’esprit de Voltaire. Incisif et parfois même injuste – mais vif. Et comme le dit si bien la phrase attribuée à Voltaire, mais qu’il n’a jamais dite : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire. » Si je ne me reconnais guère du style d’expression de Charlie Hebdo, je refuse donc qu’il soit contraint au silence par le bruit des kalachnikovs. Tel est mon credo de démocrate et plus encore de croyant. Voilà pourquoi, avec tant d’autres croyants de toutes traditions et autant d’agnostiques ou d’athées, j’ai scandé depuis mercredi dernier et scanderai encore : « Je suis Charlie ». ■

 

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Mister President : Et maintenant, Moscou – M…Belgique p.10

Ci-dessous, voici ma chronique, parue cette semaine en p.10 de M… Belgique. (Chronique rédigée avant le drame Charlie Hebdo.) Merci à la rédaction de me donner cet espace d’expression:

« Todos somos Americanos ». Mr. Président, vous avez donc décidé de marquer vos deux dernières années à la maison blanche d’une empreinte forte. Le Congrès et le Sénat ont basculé dans l’opposition ? Qu’importe, vous gouvernerez par décret. Cela donne un accord sur le climat avec la puissante Chine. Puis, le dégel surprise des relations avec la Havane. D’aucuns annoncent un prochain deal nucléaire avec Téhéran. Bref – tous ceux qui vous ont reproché d’être indécis, devront peut-être revoir leur copie.

Mr. Président, puis-je vous suggérer une autre percée diplomatique ? Renouez avec Moscou. Bien sûr, que l’actuel maître du Kremlin pratique une démocratie, pour le moins musclée. Bien sûr, que les visées néo impérialistes de la Russie ne doivent pas être encouragées. Il n’empêche : Quel intérêt les Etats-Unis ont-ils à durablement s’aliéner le colosse eurasien ? Avec la dégringolade du rouble, Moscou s’appauvrit. A court terme, cela peut servir les intérêts de Washington. Mais à long terme ? Dans un monde multipolaire, qui voit la Chine et l’Inde monter en puissance, l’Amérique ne peut se permettre d’avoir un ours blessé aux frontières de l’Europe. Une intégration culturelle et économique de l’Oural à l’Atlantique, est la meilleure garantie de stabilité pour votre pays. Impossible – tant les Russes craignent l’élargissement de l’Otan ? Raison de plus pour rapprocher Moscou de l’Alliance, quitte – à terme – à même l’y intégrer.  « Yes, we can ! »

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