«

»

juin 21

Il est temps de nous secouer les plumes!…

Il y a cinq ans, j’étais nommé doyen en Basse-Sambre avec obligation de résidence à Auvelais.  Le premier hiver, j’ai accroché aux branches du cerisier qui trône au milieu du jardin des boules de graisses pour que les oiseaux puissent affronter la froidure du moment.  Quelle ne fut pas ma surprise, en fin de saison, de constater que pas le moindre petit coup de bec n’avait entamé la providentielle pitance.  Aucun volatile n’avait répondu à mon invitation.  Moi qui venais du petit village de Martouzin-Neuville où les oiseaux se gavaient goulument des mets mis à leur disposition… J’étais bien déçu.  Ma déception s’accentua au printemps quand je dus constater que le nichoir offert généreusement n’abritait aucune famille.  C’est alors que je décidais d’abattre trois résineux, peu propice à attirer les oiseaux, et de les remplacer par des saules tortueux, un sureau et autres végétaux appréciés des petites créatures du Bon Dieu.  Il a fallu me documenter, prendre conseil, planter, arroser, tailler, en espérant voir, un jour, un couple d’oiseaux venir faire son nid à l’ombre du presbytère.

Quelle ne fut pas ma joie, au mois d’avril, de voir sortir du nichoir une petite mésange bleue, venue en reconnaissance.  Quelques jours après, elles étaient deux à faire des va-et-vient transportant, dans leur bec, plumes, mousses, branches et autres matériaux douillets.  Mi-mai, je pouvais entendre le cri des ventres affamés qui réclamaient impitoyablement le repas aux parents.  Ce n’étaient plus des matériaux de construction que ceux-ci apportaient mais des vers, des mouches, des chenilles.  De jour en jour, les allers-retours, se font plus cadencés  et déjà, les petites têtes, restées bien cachées jusqu’ici, commencent à apparaître par la minuscule ouverture du nichoir.  Est-ce pour mieux presser les parents ou déjà vouloir prendre leur envol ?  A l’heure où j’écris ces quelques lignes, tout en regardant par la fenêtre, les oisillons sont toujours là et les parents ne ménagent pas leur peine.

« Si nous restons prisonniers de nos vieilles structures, ne nous étonnons pas que les jeunes ne nous rejoignent pas plus nombreux. » 

De cette belle expérience, je tire deux leçons de vie…

La première rejoint un dicton populaire : « On a rien sans rien ! ».  Il faut se donner les moyens de ce que l’on souhaite.  Sans un aménagement du terrain, plus propice à accueillir des volatiles, ils ne seraient  jamais venus !  Cela nécessite parfois de faire des choix qui engagent… Dans le cas présent, la suppression de trois sapins, la plantation de nouvelles espèces, …  En pastorale, nous donnons-nous vraiment les moyens de ce que nous souhaitons !  Osons-nous prendre les mesures, parfois impopulaires, qui s’imposent ?  L’annonce de la Bonne Nouvelle au monde d’aujourd’hui nécessite une inventivité audacieuse.  Si nous restons prisonniers de nos vieilles structures, ne nous étonnons pas que les jeunes ne nous rejoignent pas plus nombreux.

« Dans la vie pastorale, il y en a qui prennent le repos avant la fatigue. Si les mésanges agissaient ainsi, il y a bien longtemps que leurs petits seraient morts de faim. « 

La deuxième leçon me vient des parents-mésanges qui illustrent magnifiquement l’affirmation de Jésus : « il n’y a pas de plus grand Amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » Jean 15, 13.  A l’heure où la psychologie prône la primauté de l’épanouissement personnel, le don de soi n’est pas évident ! Les parents des oisillons, par leur dévouement, nous donnent à réfléchir.  Dans la vie pastorale, n’en est-il pas de même !  Il y en a qui prennent le repos avant la fatigue.  Si les mésanges agissaient ainsi, il y a bien longtemps que leurs petits seraient morts de faim. Au moment où beaucoup vous parleront de vacances et de repos, moi je me permets de vous dire : Il est temps de nous secouer les plumes …

Philippe, doyen d’Auvelais

avec GiéT

Lien Permanent pour cet article : http://minisite.catho.be/echosdesclochers/2012/06/21/il-est-temps-de-nous-secouer-les-plumes/

2 commentaires

  1. Lucien Delvigne

    Du bon sens, un bol d’air ! Toujours le même dynamisme…
    On reconnaît bien là, le vicaire de Philippeville qui maria naguère une de nos filles.
    Un grand MERCI de Doische.

  2. Christine Bellégo

    Très jolie méditation…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser les balises HTML suivantes : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>