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juin 01

Pirette et nos pirouettes

Dans un spectacle récent, l’humoriste François Pirette déployait toute sa verve pour forcer la société à regarder en face ses dysfonctionnements. Si tout n’était pas du meilleur goût, je lui reconnais néanmoins quelques qualités, dont celle de ne pas tout situer “sous la ceinture“. Faut-il être choqué quand il tire la religion en bouteille ?… Oui et non : de tous temps, les communautés humaines ont eu besoin de ces exutoires pour éviter « d’absolutiser » leurs institutions. Et si la religion est devenue une cible (trop ?) facile aujourd’hui, je préfère appliquer la Nième Béatitude : ‘Heureux ceux qui savent rire d’eux-mêmes, ils n’ont pas fini de s’amuser !’ et assumer nos contradictions.

A ce propos… Déguisé en petite mariée de 12 ans, le comédien exprimait très bien la difficulté à assumer en 2012 cette tradition qui structure le paysage du mois de mai : les Communions.  « Ils sont moins nombreux chaque année! » se lamentait une maman, forte de sa propre foi. Oui, cela fait partie des deuils auxquels sont contraints les chrétiens européens encore convaincus. Aujourd’hui, divers cultes (des loisirs, des médias, de la liberté – illusoire ! – de penser sans repères) mènent une concurrence impitoyable à ce qui sort de la norme. Il faut un sacré bagage personnel pour, parents comme enfants, résister au lavage de cerveau qui ne marginalise pas seulement la foi mais bien d’autres fleurons de l’humanité qui demandent un minimum d’effort et de subtilité.

A titre d’exemple, je m’autorise un rapprochement : Depuis des décennies, le Conservatoire Royal de Bruxelles tombe en ruine. Les plafonds s’écroulent, les salles sont fermées les unes après les autres. Les enseignants sont rouges de honte et de colère d’y recevoir des étudiants étrangers, ébahis de voir le délabrement consenti de ce temple réputé. Malgré son acoustique enviée par nos voisins, la grande salle n’accueille plus le Concours Reine Elisabeth. Et pourtant, que pèsent les 10 millions d’Euros nécessaires à sa réfection à côté des dépenses consenties chaque année pour le sport ? Pourquoi tant de sponsors d’un côté, et si peu de l’autre ?

 Chaque jour, nous choisissons la société que nous voulons pour nos enfants. Quand la pression sociale ne crée plus d’obligations – sommes-nous certains que, sans obligation, la scolarité se maintiendrait à un niveau acceptable pendant des décennies ? –, c’est du cœur de l’homme que doit venir la force de donner vie à ce qui l’élève davantage.

Je ferai sans trop de difficulté le deuil des Communions dans leur forme actuelle, effectivement bancale. Nous attacher avec nostalgie aux formes extérieures de ce qui compte vraiment est stérile. Accuser tout le monde sauf soi-même est trop facile. Nous n’avons pas fini de nous dépouiller. Être chrétien, c’est être résistant – dans tous les sens du terme ! Une chance pour revenir à l’essentiel ?…

Jean Lievens, doyen de Fléron

avec GiéT

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